Les indépendants montent au créneau : interview de Cyril Roux, chef de produit chez Nocturne
Open mag : Je crois que tu as commencé en major (Warner) pour vite te tourner vers les structures indés (Harmonia Mundi, Media7 puis Nocturne) (?) => Qu est ce qui a changé chez les indés depuis cette période? (Façons de travailler hier et aujourd’hui, d’envisager le marché etc.)
Cyril Roux : Que ce soit chez les indés comme chez les majors ce qui a changé c'est le marché, les bouleversements technologiques comme le graveur, le téléchargement pirate mais aussi la communication de l'industrie du disque avec une époque de marketing à outrance qui a dégoûté aussi une partie du publique. C'est aussi l'arrivée d'autres supports dans l'industrie de loisir comme les jeux vidéos, l'apparition des téléphones portables qui a fait que le budget consacré à la musique a diminué et donc les majors comme les indé ont du faire face à une baisse de la consommation mais parallèlement à un besoin de rentabilité de plus en plus rapide d'où un clash que l'on ressent depuis plusieurs années: baisse de la masse salariale, budgets de production, de marketing, promo en baisse ....
OM : Les majors se séparent de labels et artistes qu'ils ne trouvent plus rentables, est ce que cela a suscité pour Nocturne de nouveaux labels ou artistes en signature, si oui lesquels? /Est ce que la situation actuelle du marché oblige également les indés a ne signer que les artistes rentables pour eux ou malgré les contraintes budgétaires continuent-ils le développement ?
CR : Oui l'exclusion de beaucoup de labels ou artistes de majors a suscité beaucoup d'intérêt de la part de Nocturne et ne serait ce que pour la musique électronique nous avons signé un contrat avec Logistic (excellent label français de minimal et de techno qui était auparavant chez VIRGIN/EMI) ou encore Kickin et Slip n Slide (label house en provenance de chez Universal). Nous avons aussi contribué à la création et au développement de labels créés par des artistes en provenance de majors et qui ne voulaient plus se retrouver "prisonniers" d'un contrat comme avec DJ Cam et son label Inflamable avec qui nous collaborons étroitement à la sortie de chaque album. L'énorme différence vient du fait que la priorité N°354 chez une major qui d'un point de vu promotionnel, travail terrain ... ne sera pas travaillé car bénéficiant d'un budget marketing peu important et d'un potentiel de vente peu intéressant pour la major peut se retrouver très vite chez un indé dans le top 10 des priorité avec un travail marketing et promotionnel beaucoup mieux adapté et une considération bien plus importante de la part de l'indé. Quant au développement les indés ne vivent que du développement et de la culture au sens large du terme. Tous les viviers des mouvements musicaux sont en indé pas en major! La major ne fait qu'exploiter une tendance en vulgarisant à travers un artiste marketé un mouvement. David Ghetta représente t il vraiment le monde de la musique électronique?
OM : Certains artistes signés en major créent leurs propres labels et les confient a des structures indépendantes. Je pense à Dj Hell qui sort ses albums chez Emi et qui a son label, Gigolo chez Nocturne. Pourquoi? Avantages / inconvénients?
CR : Signer en artiste en major tout en conservant son propre label en indé est commun. En fait les artistes viennent chercher 2 choses: >1/ beaucoup d'argent >2/ une sur-mediatisation qui permet de renforcer à travers 1 artiste toute la dynamique du label aussi bien financièrement qu'en terme d'image. Il existe aussi une autre explication qui consiste à ne pas vouloir être prisonnier de la major et donc ne travailler avec elle qu'au coup par coup tout en conservant une indépendance artistique et financière via son propre label.
OM : Qu' en est- il de l'accès aux grands medias lorsqu'on est une structure indé sans grands moyens de financements publicitaires?
CR : Nous travaillons d'avantage avec les medias spécialisés dit coeur de cible car il ne faut pas oublier que 90% de nos artistes ou labels sont axés sur ces dites musiques spécialisées. Il est regrettable que le choix d'un certain nombre de médias ne soit basés que sur des impératifs économiques et d'un autre côté je ne vois pas bien Burning Spear ou Carl Craig jouer à la Star Académy. Par contre cela arrive que certains de nos artistes accèdent à des médias de très grande audience sans pression financière: exemple Public Enemy chez Ardisson à Tout Le Monde En Parle.